lafleur
vendredi 10 novembre 2006 à 19:11
Dudu,
On cause en général, tu réponds "Moi je". C'est de la triche.

Du coup tu fais des nuances, des différences et du discernement sur un sujet qui, pour être convenablement et sérieusement traité, ne supporte que les amalgames massifs et les approximations chauvines.
Mais bref, par reconnaissance du temps que tu prends à répondre à mes élucubrations, je veux bien déchoir quelques minutes et venir te retrouver au premier degré duquel tu refuses de décoller

Alors voici : que penses-tu du référenceur qui se fait appeler
SEO, du graphiste qui se la pète
designer et du cadre qui se la joue
manager ? Que penses-tu des noms américains donnés aux services des grandes entreprises françaises ? Que penses-tu du fait que Ruanda et Irak se font bouffer par Rwanda et Iraq ? Que penses-tu des pubs téloche, affiche ou magazine dont le slogan est en anglais pour faire branchouille avec une astérisque qui envoie à la traduction, comme si les propos les plus creux revêtaient quelque sens pourvu qu'ils soient formulés dans une autre langue ? Ne déplores-tu pas la perte de l'accent sur le e de l'Aerospatiale ? Et ne pleures-tu pas, la nuit, seul dans ton lit, à la pensée que notre "ironie" nationale s'est définitivement faite flinguer, il y a un siècle, par le très britiche mais non indispensable "humour" ?
Il y a, dans beaucoup de spécialités, une langue (celle du pays le plus fort à un moment donné) qui impose son vocabulaire à la planète. Au judo, on parle japonais. Sur les partitions de musique, les indications sont en italien. En escrime, on donne la leçon et on arbitre en français. En botanique, le latin fait fureur et les ordres des dompteurs sont en allemand. En informatique, on parle anglais. On peut penser qu'à un moment, ça fait langage universel, tout le monde se comprend et youpi pour l'efficacité dont tu parles, et tant pis si, contre la logique et le bon goût, ce n'est pas notre langue à nous qui n'est pas consacrée par l'usage. Aucun problème.
Mais quand il s'agit d'employer un vocabulaire étranger juste pour le plaisir de se distinguer du profane, de le perdre ou de lui en mettre plein la vue ?
Donc voici. Comme toi, j'emploie les mots que l'usage consacre parmi les personnes avec lesquelles je discute. Je n'ai jamais écrit tchat ni imaille, quant à ouèbe j'ai bien vu que ça me faisait passer pour une andouille. Mais je le fais sans illusion et je n'essaie pas d'inventer des raisons à ce qui n'est qu'un renoncement vil et bas. Je le fais, mais je sais bien que je ne devrais pas. Je n'admettrai jamais que c'est une bonne chose et j'encouragerai toujours les plus courageux que moi à faire l'inverse.
Je prends dans les faits une position que je juge indéfendable, je ne vais donc pas inventer des raisons de la défendre. Et je ne vais pas me gêner pour prendre de très très haut ceux qui, les inconscients, oseraient s'y amuser quand le sujet vient sur le tapis

Voilivoilà