Mooter, un moteur de recherche innovant venu d’Australie

Alors que la bataille des géants de la recherche fait rage, force est de constater que les technologies mises en oeuvre par les géants de la recherche ont un air de déjà vu. A tel point que nombre d’observateurs se disent qu’un nouveau venu pourrait se joindre à la danse, et pourrait tirer son épingle du jeu, pourvu qu’il soit doté d’une technologie réellement innovante.

Dans ce contexte, un moteur de recherche nouveau à attiré l’attention voila quelques mois. Ce nouveau venu dans la course s’appelle « mooter ». Lancé à l’automne 2003 dans une version « bêta », le moteur de recherche a très vite suscité de l’intérêt. Imaginé au départ uniquement pour un public australien, le moteur est aujourd’hui utilisé dans le monde entier. Il faut dire que son interface « à la kartoo » et sa manière originale de traiter les requêtes a de quoi susciter la curiosité.

Mooter, l’étoile filante des moteurs de recherche

Lancé le 24 octobre 2003, mooter a réussi à percer médiatiquement sans véritable effort de communication. La presse a permis au moteur de la petite société Mooter Inc, basée à Brisbane en Australie, d’être mondialement connu en quelques jours (avec l’aide aussi d’un post providentiel sur le très fréquenté forum américain WebmasterWorld).

Le principal atout dans cette campagne de relations presse a été la très séduisante Présidente de la Société MooterSearch : Liesl Capper. Cette psychologue australienne d’origine Zambienne (voir sa fiche biographique ci dessous) a réussi a rassembler un tour de table composé de fonds de capital risque, ainsi que de subventions gouvernementales, pour créer le moteur de recherche de ses rêves. L’innovation majeure de mooter consiste à essayer de comprendre les motivations des utilisateurs du moteur, pour rendre les recherches plus pertinentes.

« C’est un moteur très très différent des autres. » a déclaré Liesl Capper a un journal australien.
« Je pense que les innovations apparues dernièrement sur beaucoup de moteurs de recherche sont en réalité très mineures. Tout ce qui a été fait consiste à tourner en rond autour de ce qu’ils utilisent comme critères de pertinence, mais ils continuent à renvoyer de longues, très longues listes de pages.
Ce que nous faisons avec Mooter, c’est de récupérer ces longues listes renvoyées par les moteurs de recherche, et de les regrouper en utilisant des algorithmes d’intelligence artificielle. »
« Mais, ajoute Mme Capper, nous observons aussi ce que vous faites pendant votre recherche, et pendant que vous travaillez, nous vous suivons en renvoyant les résultats qui semblent vous intéresser en priorité ».

MooterSearch cible avec son moteur une catégorie particulière d’internautes : les « geeks », les internautes les plus expérimentés et les plus habiles à utiliser les outils performants pour chercher une information sur le web.

Mooter comporte deux innovations majeures, qui le rendent original : sa manière de regrouper les résultats, et son algorithme d’apprentissage des sujets d’intérêt de l’internaute.

Comment ça marche ?

L’index de Mooter est composé : des résultats renvoyés par d’autres moteurs (Teoma et YST, c’est sûr, pour les autres : on ne sait pas) et un index qui lui est propre (apparemment très limité : mais MooterSearch dispose de son propre spider).

Ces résultats sont « regroupés » par « grappes » grâce à un algorithme sémantique qui classe automatiquement les résultats en les rattachant à un « mot clé » qui décrit la grappe (Mooter exploite le principe des « ontologies »).

Lorsqu’un utilisateur tape une requête, cette requête est analysée, découpée en mots clés, afin de déterminer le « sens » de la requête, et de proposer une liste probable d’éléments de l’ontologie pertinents dans le contexte.

Dans le même temps, le moteur enregistre les requêtes successives de l’internaute, et observe ce qu’il sélectionne dans les résultats. En fonction de ces éléments d’information, mooter change l’ordre d’apparition des résultats, pour sortir en premier ce qu’il pense être ceux qui intéresseront l’internaute. Il semble que cette fonctionnalité ne soit pas active sur l’ensemble du moteur, mais sur certaines familles de requêtes seulement.

Mooter en action
Prenons la requête célèbre de Jon Kleinberg, avec laquelle il a démontré à quel point les moteurs de recherche donnaient des résultats peu pertinents dès que la requête devenait ambigüe : cherchons « jaguar » sur le moteur de recherche Mooter.

Tout de suite, apparaissent les clusters (grappes) associés au mot clé « jaguar ».


Si je cherche des informations sur les concessionnaires Jaguar, je clique sur « cars » ou « car ». Mais comme je cherche des infos sur l’animal, je vois que Mooter ne m’a pas proposé spontanément cette série de mots clés. Mais je peux cliquer sur le bouton « next clusters » pour afficher une série complémentaire de grappes.


Cette fois ci, je trouve un cluster pertinent et je clique sur « wildlife » (vie sauvage).


En deux clics, j’ai accès à une série de liens sélectionnés, qui ne parlent que de l’animal nommé jaguar.

Pourquoi ce nom « Mooter » ?

Mooter vient de « moot », un terme anglais qui signifie « difficile à déterminer ». C’est aussi un terme souvent employé dans les milieux judiciaires anglo-saxons, pour qualifier un point de droit qui n’a pas encore été clarifié, et qui doit faire l’objet d’un débat. Le verbe « to moot » signifie en même temps suggérer. Mooter est donc un terme bien choisi pour un moteur qui suggère des pistes précises lorsqu’il est difficile de déterminer exactement ce que recherche vraiment un internaute.

Un moteur en devenir

Pour l’instant, pas de publicité sur Mooter. Alors de quoi va vivre ce moteur de recherche ? Des ventes de liens sponsorisés bien sûr. Mooter a prévu de lancer son propre programme de liens sponsorisés avant le premier anniversaire du lancement du moteur.

Un moteur toujours en version bêta

Bon, tant pis si cela doit faire de la peine à la charmante Ms Capper, force est de constater que les résultats ne sont pas encore à la hauteur. Mooter est incapable de bien gérer les requêtes faites dans d’autres langues que l’anglais, et la pertinence de ce qu’il renvoie est assez variable. Leur index est probablement encore trop limité. Ce qui est assez déroutant, c’est le fait qu’il faut « apprendre » à utiliser ce moteur qui « apprend » aussi à vous connaître. Bref, les premières requêtes donnent des résultats décevants, mais au fur et à mesure des requêtes, les choses s’améliorent…

Mooter est encore en version bêta, on peut donc s’attendre à quelques évolutions encore. Sa percée sur le marché australien est déjà réussie : il faut dire que la déconfiture parallèle de « Looksmart » aide bien MooterSearch. Mais comme toutes les jeunes pousses, Mooter est avant tout un projet en devenir : son modèle économique est-il viable ? Son interface séduira-t’elle le public ciblé ? Sa technologie est elle réellement innovante ?

Il suffira d’attendre quelques mois pour avoir la réponse. En attendant, mooter est certainement l’un des acteurs à surveiller…

Philippe YONNET

Liesl Capper, CEO de MooterSearch

Liesl Capper, 35 ans, est née en Zambie. Elle a fait des études de Psychologie en Afrique du Sud, et a débuté sa carrière d’entrepreneur en créant un commerce à Jonannesbourg à l’âge de 20 ans. Six ans plus tard, elle crée « Toptops » en Zambie, une franchise d’ateliers de développement interpersonnel entre parents et enfants. Elle émigre en 1997 en Australie, et s’installe dans le Queensland. Elle habite à deux pas de l’Université Griffith, université dont sont issus la plupart des « cerveaux » de MooterSearch.