Portage salarial : Une solution pour travailler en toute indépendance

Le portage salarial. Via une société auprès de laquelle vous souscrivez un contrat tripartie, vous devenez salarié de cette société, charge à elle de percevoir les factures de vos clients, payer vos fournisseurs, moyennant quoi elle vous reverse vos bénéfices sous forme de salaire. La société se chargera de régler toutes les cotisations sociales et fiscales à votre place. Vous n’avez plus qu’à trouver vos clients, et travailler. Le thème nous a paru intéressant, et la société de portage salarial : « Webportage » vous éclaire sur cette pratique courante sur le Internet.

Webmaster-Hub : Pouvez-vous vous présenter à la communauté

Jérôme Tarting : J’ai 36 ans et voilà rapidement mon parcours professionnel : Après quelques années aux Etats-Unis et en Angleterre j’ai fini mes études par une spécialisation en commerce International à l’Ecole de Commerce de Toulon dans le Var (83).

1996 je crée ma première société et forge mon expérience de dirigeant d’entreprise. (Adi Soft)
1999 je suis sur Paris travaillant pour le compte d’un ssii Française dans le monde bancaire et public commercialisant des architectures Trois tiers dans un monde de client serveur. (CS Communication & Système)
2001 Start up américaine avec comme clients les Opérateurs Télécoms et la vente et le déploiement des nouveaux services Internet. (Critical Path)
2005 Création de Nodalys et Webportage

2006 Création de B3Software www.kiizz.com
2008 Sera l’année de consolidation du Groupeb3, avec le gros chantier de fusion entre Nodalys et Webportage fin octobre.

Pour reprendre une expression d’une personne qui m’était chère, « de tous les concours, le plus important est celui de circonstance ». Au moment de la constitution de Nodalys (une autre société de portage salarial), nous avons fait appel à un webmaster qui m’a posé la question de la légalisation de ses revenus adsense. Imaginez mon étonnement, après 6 ans passés dans les grandes SSII Parisiennes et Start-up Américaines à vendre des systèmes Internet aux grandes institutions bancaires et télécom, je venais de découvrir que j’étais passé au travers de toute une partie de l’économie numérique. Quelques heures plus tard, il était décidé de créer « webportage », société de portage salarial spécialisé dans la légalisation des revenus issus du monde de l’internet.

W. H. : D’où est venue cette idée de créer une société de portage salarial ?

J. T. : Ayant travaillé plusieurs années dans le monde de l’informatique parisien, j’ai pu assister aux difficultés des sociétés dans la gestion de leur croissance en RH. Nodalys devait apporter une solution tremplin aux futurs employés de ces sociétés.

W. H. : Depuis combien de temps la société existe-t-elle ?


J. T.
: La société existe depuis juillet 2005. Elle vient donc de fêter ses 3 ans d’existence.

W. H. : Le capital de 900 euros seulement n’est-il pas un handicap pour trouver des clients ?


J. T. :
Au début, certains nous ont fait remarquer qu’ils avaient plus de chiffre d’affaires que nous de capital. C’est une remarque que l’on ne nous fait plus depuis plusieurs années.


W. H. : Combien y a-t-il de personnes travaillent chez « Webportage » pour gérer tous les clients ?


J. T. :
Nous ne sommes que trois à temps plein, les associés venant prêter main forte sur les nouveaux projets et les périodes chaudes comme les clôtures fiscales.

W. H. : Le portage salarial peut-il s’appliquer dans toutes les professions ou simplement pour les métiers liés à Internet ou les prestations de services ?


J. T. :
Le portage salarial s’applique tout particulièrement aux prestations de services. C’est d’ailleurs pour cela qu’il a été créé il y a plus d’une vingtaine d’années. De ce fait, il est parfait pour les métiers de l’internet. Seul le négoce n’est pas « portable » mais nous travaillons sur le sujet pour je l’espère proposer quelque chose en début d’année prochaine.

W. H. : Bientôt vous allez ouvrir la possibilité de « portage salarial » aux tatoueurs. Pourquoi ce métier ? Quelle est la particularité de cette profession qui vous amène à la sélectionner ?


J. T. :
Encore le concours de circonstance, un de mes amis d’enfance est tatoueur. La problématique est très similaire à celle des webmasters. Les tatoueurs qui passent d’un magasin à un autre ont parfois besoin d’un statut simple leur permettant de passer d’une ville à une autre sans se poser la question des changements d’adresse et des inscriptions aux établissements de tutelles.

W. H. : Dans la mesure où vous êtes employeur, avez-vous été déjà dans l’obligation de « licencier » un de vos clients ?


J. T. :
Non, pas à ce jour.


W. H. : Une personne étrangère vivant dans son pays, peut-elle être« webportée » ? Si oui, lui faut-il une autorisation de travail (pour les non-européens) ?


J. T. :
Une personne étrangère vivant dans son pays doit légaliser son activité Internet dans son pays.
Une personne étrangère vivant en France doit légaliser ses revenus Internet en France. Si elle est d’origine non européenne elle doit justifier d’une autorisation de travail en France. Nous sommes de plus en plus sollicités par des étrangers, mais le portage salarial tel que nous le pratiquons encore aujourd’hui en France ne s’y prête pas. Les services qui sont en préparation pourraient peut être avoir un sens à l’international mais ce n’est pas à l’ordre du jour.


W. H. : Dans un contrat de travail en CDD ordinaire, il doit être prévu une indemnité de précarité, avez-vous aussi cette obligation ou il y a-t-il une dérogation dans votre métier ?
J. T. :
Il n’y a pas de dérogation dans le cadre d’un CDD, nous appliquons bien une prime de précarité

W. H. : Aidez-vous les « débutants » à se constituer une grille de tarifs ?


J. T. :
Rien d’officiel, c’est pendant les premiers échanges téléphoniques que nous sommes parfois amenés à échanger sur le sujet des tarifs

W. H. : Chaque « porté » doit-il avoir son propre réseau de relations, ou vous arrive t’il de mutualiser certaines demandes (en cas de surcharge, par exemple) ?


J. T. :
Nous souhaitons favoriser les échanges entre les portés. C’est le travail de la rentrée, l’animation du réseau étant le gros morceau du moment. Nous sommes aussi en train de qualifier les sites de nos webportés afin de mieux les faire valoir auprès des régies ou d’annonceurs. Nous avons déjà mis en place la notion de compte commun qui permet à certains webportés de travailler ensemble et ainsi de partager les frais et les revenus de ce travail commun. Nous jouons le rôle de tiers de confiance où les webmasters voulant travailler ensemble viennent déposer leurs règles de travail communes (clés de répartition). Nous sommes aussi en train de mettre en place tout un accompagnement juridique pour que ces regroupements de webmasters puissent se transformer en société à terme.

W. H. : Combien de temps vos « portés » restent-ils chez vous, en moyenne ? Combien finissent par lancer leur propre structure ?


J. T. :
En trois ans nous n’avons qu’un seul cas de création de société. Mais nous n’avons mis en place la notion de compte commun que depuis récemment. De plus, le travail que nous faisons sur l’accompagnement juridique devrait faciliter les initiatives et la création.
Quant au turn-over des portés il est quasi nul. La dernière fois que nous avons fait une campagne pour savoir si les comptes inactifs devaient être fermés, aucun webporté n’a souhaité fermer son compte.

W. H. : Concernant « Les particularités de la régie Google Adsense » décrites sur le site : « Chaque utilisateur de la régie Google Adsense devra nous faire une demande de création d’un RIB personnel destiné à éviter le « blacklistage » en chaîne que pourrait provoquer l’utilisation d’un même compte. En effet en cas de non respect de ces conditions générales d’utilisation, Google blackliste le numéro de compte bancaire. »

J. T. : Chaque webporté mène sa politique de référencement comme il le souhaite. Si l’un de nos portés se retrouve « blacklisté » (cela est déjà arrivé), nous ne souhaitons pas avoir de dénominateur commun entre les webportés. Si nous distribuions le même numéro de compte bancaire pour l’ensemble des portés, leurs sites pourraient être alors considérés comme faisant parties du même réseau et par voie de conséquences se retrouver à leur tour blacklisté.
Afin d’éviter ce scénario possible nous avons mis en place le n° de compte bancaire unique par portés.


W. H. : Si un porté est salarié d’une entreprise peut-il bénéficier du portage salarial ? Quels en sont les avantages, les inconvénients et les limites ?


J. T. :
Oui, s’il n’a pas de clause de non concurrence avec son employeur, qu’elle soit écrite ou induite, qu’il ne démarche pas les clients de son employeur principal etc.… La seul vraie limite est le nombre d’heures légales travaillées. S’il s’agit de revenus sous la forme de commission comme pour les régies c’est facile mais pour les prestations de services nous limitons à cinq heures par semaine.

W. H. : On parle, actuellement du statut d’auto-entrepreneur. (Projet de loi : doc pdf ). Ce projet ne risque t-il pas de vous faire perdre des clients ? Si oui, à combien estimez-vous la perte (%) ?

J. T. : Non, ce n’est qu’une nouvelle formulation pour le statut de micro-entreprise avec des plafonds un petit peu relevés. Ces modifications sont surtout destinées aux personnes faisant du négoce sur Internet et pour lesquelles le portage ne peut encore rien aujourd’hui.

W. H. : Quel est la proportion de webmasters qui commence par le portage salarial pour finir en indépendant ou salarié d’entreprise ?


J. T. :
Indépendants, ils le sont tous en portage, un seul a monté sa société depuis que nous avons commencé. Par contre plusieurs de nos portés notent sur leur CV leur expérience avec webportage. Il nous est arrivé d’être référent pour certaines candidatures et nous acceptons volontiers un appel du futur employeur.

W. H. : Quel est le devenir des entreprises de portage salarial à moyen terme ?


J. T. :
Le portage salarial classique a probablement encore de beaux jours devant lui, malgré le dumping des prix qui oblige à faire de gros volumes.
Par contre pour le webportage toute une panoplie de services nécessaires (juridiques notamment, centre d’appel…) est en train de s’ouvrir pour permettre à tout entrepreneur du web de pratiquer son activité en toute sérénité.

W. H. : Les mineurs peuvent-ils être portés ? Si oui, à partir de quel âge ?


J. T. :
Oui, à partir de 16 ans avec l’accord des parents

W. H. : Quelles sont les limites de l’accompagnement que vous fournissez à vos clients dans leur activité : uniquement administratif, aide à la gestion de l’activité ou autres ?


J. T. :
Pour l’instant notre intervention se limite à un accompagnement administratif, mais à la demande de certains de nos « webportés » nous sommes en train de monter une offre d’accompagnement juridique et commerciale.

W. H. : Acceptez-vous tous les clients présentant les documents nécessaires ou existe-t-il d’autres pré-requis pour devenir votre client et existe-t-il des conditions pour le rester ?


J. T.
: Non, pas de restrictions particulières à ce jour.

W. H. : Les contrats sont souvent tripartites :

- webporté

- webportage

- client final
Chacune des ces parties a ses obligations, quelles sont celles de Webportage sur la réalisation du site Internet du client final par exemple ?

J. T. : Aucune, dans le contrat tripartite il est bien stipulé que le client choisit le webporté en toute connaissance de cause et ne peut en aucun cas se retourner contre webportage.

W. H. : Combien de portés avez-vous (estimation) ?


J. T. :
Nous avons dépassé les 1 000 portés à la fin du 1er trimestre 08.

W. H. : Avez-vous un CE ? Le 1% logement ?


J. T. :
Au même titre que les autres sociétés.

W. H. : DIF et plan de formation : peut-on bénéficier de formations en étant webporté ?

J. T. : Oui et non, nous transformons le chiffre d’affaires d’un porté en frais, en salaires nets et en charges sociales. Si un webporté demandait un DIF nous transformerions une partie de son CA en 20h de DIF. Cela ne change rien pour lui.
Par contre nous allons mettre en place des sessions de formations avec un tour de France en 5 dates pour sensibiliser les webportés aux risques juridiques d’un site internet. Cette formation sera accessible gratuitement pour nos webportés.


W. H. : Avez-vous une procédure en cas d’impayé ou litige ? Dans quelle mesure le webporté est protégé ?


J. T. :
Pour les litiges, nous prenons en général contact directement avec les services comptables du client. Pour les petites sociétés ou les particuliers la relation commerciale prime sur la relation comptable et est généralement gérée par le « webporté ».

W. H. : Réalisez-vous des avances sur salaire ?
J. T. :
Pour ceux qui ont de l’argent en cours de mois et qui ne peuvent pas attendre l’édition finale du bulletin de paie nous versons un acompte.

W. H. : Mettez vous à la disposition de vos portés des contrats type, devis type, conseil et assistance juridique ?


J. T. :
Oui, nous mettons à disposition des contrats types pour ceux qui en ont besoin (triparties, formation etc.…) et nous sommes en train de bâtir une offre pour une assistance juridique spécifique aux métiers de l’Internet.

W. H. : Si un porté ou un client fait défaut sur une somme importante, cela n’est il pas risqué pour les autres portés ?


J. T. :
Non, la grande particularité du portage par rapport à une société commerciale classique c’est que les salaires suivent le chiffre d’affaires. Si le chiffre d’affaires monte, les salaires montent, si le Chiffre baisse les salaires baissent.

W. H. : La réponse « nous cotisons aux AGS » est rassurante mais la procédure peut-être longue. De plus, les frais engagés n’étant pas des salaires, comment en obtenir le remboursement ?


J. T. :
La réponse est la même qu’à la question précédente, il ne peut y avoir, en théorie, de dépôt de bilan pour insuffisance d’actifs. Afin d’être transparents, nous sommes d’ailleurs en train de changer de statut pour passer de SARL à SA. Nos comptes seront alors audités par des commissaires aux comptes ayant pour rôle d’alerter et de signaler toute dérive financière.


W. H. : Nous avons lu sur un site de portage salarial : « Il est rappelé à XX que les clients appartiennent à la société de portage XY pendant la durée du présent contrat de travail, mais qu’elle pourra continuer de travailler avec ces clients en cas de cessation de son contrat de travail quelle qu’en soit la cause. » . Qu’en est-il chez vous ? Considérez-vous que les clients de vos portés sont vos clients ou ceux de vos portés ?

J. T. : Non, webportage ne considère pas les clients de ses portés comme les siens. Nous sommes allés plus loin dans cette réflexion, puisque dans le cadre de l’offre juridique, que nous sommes en train de finaliser, nous allons donner la possibilité aux webportés de facturer avec leur propre marque. Marque, qu’ils auraient déposée seuls ou accompagnés par nos services. Ceci afin de garantir une réversibilité pour qu’ils puissent créer leur propre structure juridique sans perte de leur effort commercial.


W. H. : Si le client final d’un webporté n’est pas satisfait du travail fourni votre responsabilité peut-elle être engagée ?


J. T. :
Le contrat tripartite est justement là pour définir le rôle de chacun. Cependant, nous mettons tout en place pour protéger au maximum notre « webporté ». Nous cotisons à une assurance responsabilité civile et professionnelle. Nous avons un service juridique que nous pouvons faire intervenir.


W. H. : Avez-vous déjà eu le cas d’un « ancien porté » qui a ouvert sa propre société de « portage salarial » ?


J. T. :
Non pas à ma connaissance.

W. H. : Les portés étant des salariés en théorie ils peuvent ester au prud’homme ou doivent-ils saisir le tribunal de commerce ?


J. T. :
C’est le tribunal des prud’hommes qui serait compétent.

W. H. : Et pour finir, pouvez-vous confirmer à nos lecteurs, ce qu’affirme régulièrement Arlette sur le forum : Dans la région « Pertuis – Aix-en-Provence » il fait toujours beau


J. T.
: Oui, bien sur grâce au Mistral qui balaye notre belle région.

W. H. : Nous vous remercions de votre collaboration, et d’avoir pris le temps d’éclairer nos lecteurs sur la possibilité d’être indépendant tout en ayant un « patron ».


J. T. :
Merci à Arlette et à toute l’équipe de webmaster hub.

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